Un Canadien accusé d’avoir vendu des « kits de suicide » en ligne dans plusieurs pays sera présent vendredi au tribunal de Newmarket (Ontario) pour son procès, épilogue attendu de la partie canadienne d’une affaire aux ramifications internationales

La présence à l’audience de Kenneth Law, ex-cuisinier de 60 ans, a été confirmée par son avocat Matthew Gourlay. Il doit plaider coupable de 14 chefs d’accusation d’aide ou d’incitation au suicide.

Arrêté au printemps 2023, il est accusé d’avoir géré plusieurs forums en ligne sur lesquels il prodiguait à de jeunes personnes en détresse des conseils pour se suicider.

Le Canadien est également soupçonné d’avoir expédié des centaines de colis contenant du nitrite de sodium, une substance légale pouvant être létale à partir de certaines doses.

Il aurait envoyé plus de 1.200 paquets dans une quarantaine de pays.

Selon l’accusation, les agissements de Kenneth Law sont liés à la mort de 14 personnes au Canada, âgées de 16 à 36 ans. 

A l’étranger, ils seraient à l’origine de décès plus nombreux encore. Au seul Royaume-Uni, l’Agence britannique de lutte contre la criminalité (NCA) a fait état vendredi de 112 morts.

Plusieurs fois reporté, le procès au Canada ne portera finalement pas sur les accusations de meurtre, abandonnées par les procureurs canadiens en avril.

Les procureurs qui souhaitaient juger Kenneth Law pour meurtre se sont heurtés à un « vide » juridique, a expliqué à l’AFP Robert Currie, professeur de droit à l’Université Dalhousie à Halifax (Nouvelle-Ecosse). 

En droit canadien, il n’est pas clairement établi si « le meurtre est une infraction distincte de l’incitation au suicide, ou si un même comportement peut constituer ces deux infractions », a-t-il précisé.

Les magistrats de la Cour suprême du Canada, qui auraient pu se prononcer sur ce point, « ont refusé de clarifier » la question, a ajouté le professeur de droit.

Des parents de jeunes s’étant suicidés feront également le déplacement vendredi à Newmarket, au nord de Toronto.

– « Colère » –

« Être au tribunal vendredi et m’asseoir là… c’est le début d’un nouveau chapitre dans ce processus de guérison », affirme Kim Prosser dont le fils, Ashtyn, s’est donné la mort en mars 2023, quelques semaines à peine avant l’arrestation de Kenneth Law.

Selon les experts, Kenneth Law risque une condamnation de 10 à 20 ans de prison au Canada, en fonction du régime de peines – simultanées ou successives – qui sera déterminé lors d’une audience ultérieure.

« Compte tenu de la nature odieuse de ce crime, je serais surpris que Kenneth Law n’écope pas d’une peine assez lourde », affirme Robert Currie.

L’accusé fait également l’objet d’enquêtes dans d’autres pays, notamment en Nouvelle-Zélande.

Au Royaume-Uni, les services du procureur (CPS) ont indiqué vendredi que leur enquête avait été « incluse dans les poursuites au Canada », écartant la perspective d’un procès sur le territoire britannique. 

« Je suis en colère, mais je ne suis pas surpris », a réagi dans un communiqué David Parfett, dont le fils Thomas avait 22 ans quand il s’est suicidé en 2021 en Angleterre avec un poison qui aurait été fourni par Kenneth Law. 

Dans ce communiqué, des représentants de plusieurs proches de victimes britanniques évoquent le chiffre de 130 morts au Royaume-Uni liées à cette affaire, et demandent à nouveau au gouvernement à Londres de lancer une enquête publique pour examiner la responsabilité des autorités dans cette affaire. 

« Si notre propre pays ne compte juger personne pour ces décès, le moins qu’il puisse faire est de mener une enquête en bonne et due forme pour déterminer comment ils ont pu se produire », a déclaré David Parfett.

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