FRANCE / CLIMAT : Un pays en feu

Plus de 5.764 décès de plus pour moitié en trois jours du 25 au 27 juin. Plus de 2.500 hectares déjà ravagées par les flammes rien que dans le Var. L’alerte Climat n’est plus à démontrer, une vague de chaleur record avec 16 jours torrides digne d’un pays tropical. La troisième plus longue jamais mesurée dans le pays, ex-aequo avec celles d’août 2003 et des étés 2018 et 2025 et une surmortalité des personnes les plus vulnérables qui fait froid dans le dos

Au plus fort de la dernière vague de chaleur, la 53e depuis le début des mesures en 1947, l’indicateur thermique national (ITN), température moyenne à l’échelle du pays mesurée sur 30 stations de référence, a atteint 28,1°C, soit plus de 7°C au-dessus des normales de saison. Signe du réchauffement climatique, plus de la moitié des 53 vagues de chaleur répertoriées depuis 1947 sont intervenues après 2010.

Ainsi, 5.764 décès excédentaires ont été enregistrés lors de cet épisode de chaleurs extrêmes, pour moitié en trois jours du 25 au 27 juin, a indiqué mercredi l’agence Santé publique France.

Ce bond de la mortalité « toutes causes » – qu’on ne peut pas encore imputer avec certitude à la chaleur – a été constaté pour « toutes les classes d’âge à partir de 15 ans », avec une « augmentation marquée dès 45 ans », ce que les experts jugent « inédit ».

Les bilans de mortalité, qui progressivement s’affinent au fil des semaines, alimentent une âpre bataille politique, le gouvernement se voyant accusé par les oppositions d’impréparation aux conséquences du réchauffement climatique.

Les Ecologistes en particulier avaient anticipé un bilan de 10.000 décès pour l’épisode de juin, aussitôt démenti par Matignon. Le gouvernement s’est efforcé d’écarter toute comparaison avec 2003, canicule qui a traumatisé la France en faisant 15.000 morts, dont un grand nombre en Ehpad.

Finalement, « on constate que malgré l’épisode de juin extrêmement intense (…), le nombre de morts en excès constaté est bien inférieur » à 2003, a de nouveau fait valoir mercredi le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist lors d’un point presse. La canicule de 2003 avait toutefois duré trois semaines, contre 16 jours cette fois-ci.

Guillaume Boulanger, expert de SpF, a néanmoins appelé à rester prudent dans la comparaison, « à 20 ans d’écart » avec des données à l’époque plus lacunaires, alors que « l’offre de soins a largement évolué, la pyramide des âges également », la population française étant plus âgée.

D’une « précocité » et une « durée inédites », la canicule de juin 2026 a affecté presque toute la population hexagonale (98,5%) dans 92 départements, à une « période encore importante d’activités scolaires et professionnelles », rappelle SpF.

– Impact « tout l’été » –

Les deux tiers de cette surmortalité concernent des personnes âgées de 75 ans et plus, qui payent toujours le plus lourd tribut en raison de leur vulnérabilité et leur santé souvent plus dégradée.

Mais l’évènement s’est avéré aussi très meurtrier pour la tranche des 45-64 ans, avec 979 décès en excès, soit un bond de 55% par rapport à la mortalité attendue à cette période, hors évènements exceptionnels.

Ces chiffres restent provisoires, dans l’attente d’un bilan à l’automne des décès « attribuables » à la chaleur. Le bilan va « vraisemblablement » s’alourdir, estime SpF, car une part des décès aujourd’hui comptabilisés comme dans la normale lui seront finalement imputés.

L’agence souligne l’impact sanitaire « très fort » de cet évènement climatique, excepté en Corse, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, un peu moins exposées.

En Île-de-France, particulièrement éprouvée, la mortalité a doublé par rapport à son niveau normal, avec 1.999 décès. Suivent le Grand Est, les Pays-de-la-Loire et le Centre-Val-de-Loire, avec respectivement 635, 553 et 511 décès excédentaires.

Les décès « ont augmenté dans tous les types de lieux » : hôpitaux, Ehpad, maisons de retraite, et « en particulier à domicile », a pointé M. Boulanger. 

Au bilan de juin s’ajoutent les 300 morts « toutes causes » excédentaires recensées pendant la première canicule de cette année, du 24 au 28 mai, plus précoce mais plus brève et moins intense.

En outre, le pays a enchaîné à la mi-juillet avec un troisième épisode, alors que l’exposition répétée à des vagues de chaleur épuise les organismes, fragilisant tout particulièrement les populations vulnérables (enfants, personnes âgées, précaires, malades chroniques…), selon les spécialistes.

Si les jours de canicule ne représentent que « 4 à 5% » des jours d’été, ils concentrent « 30% des décès attribuables à la chaleur » sur la période estivale. Mais « l’exposition à la chaleur peut avoir un impact sur la mortalité durant tout l’été », a observé Guillaume Boulanger.

Ainsi l’an dernier, 1.900 décès « attribuables à la chaleur » avaient été comptabilisés au cours de trois épisodes de canicule distincts, mais 5.700, soit trois fois plus sur l’été, du 1er juin au 30 septembre. 

-L’autre conséquence de cette chaleur intense : Les incendies dans presque tout le pays-

GIRONDE : 3.100 hectares brûlés et plus de 20.000 évacués, des habitations menacées

Aucune victime n’est recensée à ce stade par les autorités mais « une maison isolée a été détruite », selon la préfète de Gironde, Sophie Brocas. Au moins une autre a été la proie des flammes, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les conditions météorologiques restent « défavorables », notamment au regard de « vents erratiques » attendus, selon les autorités.

Alors que 12.000 touristes et habitants de la zone ont été évacués à titre préventif depuis mercredi soir, 8.800 personnes ont fait l’objet d’une mesure similaire jeudi dans plusieurs campings de Claouey, sur la route du très touristique Cap Ferret.

Le feu s’est rapproché des abords de Lège-Cap-Ferret, où de « nombreux moyens protègent les maisons », a souligné à la mi-journée Marc Vermeulen, directeur du service départemental d’incendie et de secours.

Selon Météo-France, les températures doivent monter jeudi dans l’après-midi et le vent forcir. « Le feu pourrait ainsi redevenir convectif (avec propagation des flammes par l’air chaud ambiant, NDLR), comme hier (mercredi) », a prévenu à la mi-journée le patron des sapeurs-pompiers en Gironde.

– « Surréaliste » –

Les évacués sont pris en charge dans des salles communales de la zone, à distance des flammes.

« Les gendarmes sont venus toquer à chacune des maisons. Le feu était à 500 m environ », a raconté à l’AFP Patrick Martineau, 69 ans, habitant du Porge. « On a un peu peur et du mal à réaliser ! C’est surréaliste. Quand on a acheté ici, il y a six ans, on ne pensait pas au risque d’incendie. »

« Nous nous préparons à tenir quelques jours », indique le maire de la commune, Martial Zaninetti.

« Nous venons ici tous les ans, c’est terrible », confie à l’AFP Elke Urbain, 50 ans, une touriste belge venue d’Anvers, évacuée d’un camping de Lège-Cap-Ferret après 10 jours sous la tente en famille. « Nous n’avons pas peur parce que tout le monde s’occupe de nous » mais « nous sommes tristes pour les gens d’ici », dit-elle.

Jeudi, un drone de la gendarmerie a diffusé un message d’alerte sur la zone évacuée à destination d’éventuels récalcitrants : « Merci de quitter les lieux dans les plus brefs délais », a entendu un journaliste de l’AFP.

Quelque 700 sapeurs-pompiers luttent contre les flammes, rejoints par 44 militaires de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, et appuyés par deux Canadair, deux Air Tractor et un Dash. Plus de 300 gendarmes participent également aux secours.

– Paysage de désolation –

Parti de Saumos mercredi à la mi-journée, l’incendie a gagné Le Porge avant de s’orienter vers Lège-Cap-Ferret, une zone plus urbanisée, progressant très rapidement dans une forêt de pins dense, avec des flammes hautes de plusieurs dizaines de mètres. Plusieurs routes sont coupées.

Jeudi, un paysage de désolation s’étendait entre Le Porge et Lège-Cap-Ferret. 

Selon plusieurs sources interrogées par l’AFP, le feu aurait été déclenché par un engin de débroussaillage dans la commune de Saumos. La piste accidentelle est privilégiée par les autorités.

La préfète de Gironde a interdit « tous travaux forestiers utilisant des moteurs thermiques » dans le département jusqu’à nouvel ordre. Mercredi, ils étaient encore autorisés jusqu’à 13H00.

– Sécheresse –

Selon le gouvernement, plus de 12.500 départs de feu sont intervenus depuis janvier et la surface déjà brûlée dépasse celle de 2022, quand des incendies avaient parcouru près de 30.000 hectares dans la forêt des Landes de Gascogne, forçant à l’évacuation de quelque 50.000 personnes. Plus de 3.000 hectares avaient déjà brûlé à l’époque autour de Saumos.

À ce stade, 2026 se situe au deuxième rang des surfaces brûlées à travers l’Union européenne depuis deux décennies de mesures, d’après les données satellitaires du système Effis analysées par l’AFP. Mais c’est la pire année en France.

Les forêts s’enflamment d’autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.

L’incendie en Gironde survient après que deux sapeurs-pompiers sont morts, mardi, lors d’un feu près de l’aéroport de Bordeaux, après un précédent décès en Savoie début juillet. Les syndicats de la profession dénoncent un manque de moyens et « l’épuisement » des troupes.

VAR : 2.500 hectares ravagés et l’évacuation forcée d’environ 400 personnes

Mercredi, en périphérie de Cotignac, 2.200 habitants, le paysage était apocalyptique: bâtisse à la toiture effondrée, façades noircies, squelettes d’arbres et camionnettes calcinées, a constaté un journaliste de l’AFP.

Avec encore 1.100 pompiers sur le terrain et des renforts venus d’une dizaine de départements, deux Canadair, trois hélicoptères bombardiers d’eau et deux avions dash en action, l’objectif est d' »essayer de contenir le feu », avait souligné le colonel Philippe Raison, chef-adjoint des pompiers du département.

« Partout où ça fume, il peut y avoir des reprises de feu, et certaines beaucoup plus délicates que d’autres, dès lors qu’elles sont dans une zone forestière non brûlée », explique le colonel Raison.

Dans cette région de la « Provence verte » entre Toulon et le parc naturel du Verdon, une soixantaines d’habitations ont été impactées par le feu et dix maisons détruites, selon un nouveau recensement préliminaire de la préfecture.

Aucune victime, hormis quatre intoxications à la fumée, dont deux pompiers, n’est à déplorer, selon les secours.

À Pontevès, les oliviers de Jean-Marc Rius ont subi l’ardeur du feu. « J’ai perdu une quarantaine d’oliviers. Certains vont repartir et d’autres malheureusement ne partiront plus », se désole l’agriculteur. « C’était mon papa qui les avait plantés il y a 25 ans ».

À Cotignac, deux sites religieux, le sanctuaire Notre-Dame et le monastère Saint-Joseph, ont été « sauvés des flammes », selon les services préfectoraux.

– Massifs fermés –

Face au risque incendie extrême, tous les massifs du Var sont fermés ainsi que de nombreux autres dans les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône.  

Ces dernières semaines, les pompiers sont confrontés à des départs de feu quotidiens à travers toute la France. Aggravée par des canicules à répétition et une forte sécheresse favorisées par la dérèglement climatique, la saison des feux en 2026 a débuté plus tôt que d’ordinaire.

Depuis début 2026, près de 40.000 hectares ont été brûlés, soit « beaucoup plus que tout ce qui a été brûlé l’année dernière », selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez qui s’est rendu mercredi en Gironde après la mort de deux pompiers la veille lors d’une intervention contre un feu aux abords de l’aéroport de Bordeaux.

« Épuisés », les syndicats de la profession sonnent l’alarme sur le manque de moyens humains et matériels face à la multiplication des incendies à travers le pays, favorisée par le dérèglement climatique jusque dans des régions auparavant épargnées.

Le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Éric Brocardi, pointe une situation de « tensions permanentes » face à la « surcharge opérationnelle » des sapeurs-pompiers.

En Haute-Corse, un feu qui a parcouru environ 500 hectares depuis une douzaine de jours dans la vallée de la Restonica « progresse », a indiqué la préfecture dans son dernier point de situation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *