MOUVEMENT LYCÉEN : Une révolte d’ampleur inédite
Après une nouvelle journée de mobilisation nationale qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, l’intersyndicale étudiante et professionnelle a donné rendez-vous pour des manifestations et la grève mardi prochain. Une révolte d’une ampleur inédite selon plusieurs chercheurs en sciences sociales

Des lycéens croisés vendredi matin par l’AFP près de leur établissement se disent eux toujours mobilisés. Pour Alice, en terminale au lycée marseillais Saint-Charles, « les annonces du ministre c’est un premier pas, mais ça ne suffit pas ». « On est super motivés pour continuer » a affirmé sa camarade Justine.
« On garde des forces pour la semaine prochaine. On va rebloquer mardi. Là, on fait une pause », selon un élève de 1ère, rencontré devant le lycée Raymond-Naves à Toulouse.
A Lunel (Hérault), un départ de feu près du lycée Louis Feuillade a provoqué l’évacuation de l’établissement, a indiqué le rectorat à l’AFP, confirmant une information de Midi Libre.
Après d’autres grandes écoles, comme l’ENS Ulm ou l’ENS Saclay, l’École nationale des chartes était bloquée pour la première fois vendredi par des poubelles entassées par une dizaine d’étudiants et élèves fonctionnaires, a constaté l’AFP.
Après une nouvelle journée de mobilisation nationale qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, moins que mardi, l’intersyndicale étudiante et professionnelle a donné rendez-vous pour des manifestations et la grève mardi prochain.
Vendredi matin sur franceinfo, la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a jugé la « première réponse » du gouvernement sur les professeurs remplaçants « largement en deçà de ce qui est attendu ».
Les lycéens mobilisés revendiquent plus de moyens, se plaignent de la pression de Parcoursup, de professeurs non remplacés, de bâtiments délabrés ou encore d’emplois du temps trop chargés.
– L’ONU « inquiète » –
La responsable de la CFDT a jugé « inédites » les plus de « 6.000 interpellations de jeunes » et la vingtaine d’enquêtes de la « police des polices » ouvertes. « Ça doit interroger le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre » sur « la façon dont ces consignes sont passées, dont elles sont respectées », a indiqué Mme Léon.
Plus de 6.800 personnes, dont 86% de mineurs, ont été mises en garde à vue depuis le début du mouvement et 21 écrouées, selon la Chancellerie.
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dit suivre avec « inquiétude » les « incidents » liés aux manifestations.
Édouard Geffray, comme Sébastien Lecornu, a assuré que la parole des lycéens, recueillie sur une plateforme de concertation ouverte cette semaine, serait entendue, via notamment des amendements au projet de budget déposés par le gouvernement.
Selon une première synthèse de plus de 60.000 contributions sur cette plateforme évoquée par Le Monde et Le Parisien, la question de l’organisation du temps scolaire, mentionnée dans 70% des contributions, arrive loin devant les revendications concernant Parcoursup ou les remplacements de professeurs.
Jeudi, Louis Letoublon, de l’organisation Lycéens !, avait jugé « satisfaisantes » les annonces du gouvernement sur « la démocratie scolaire ». « Sur le reste, elles ne le sont absolument pas ».
– « Quelques miettes » –
« On nous annonce quelques miettes et sur Parcoursup on nous dit plus de transparence », a déploré Marius Mesnil, le représentant de l’Union syndicale lycéenne qui souhaite la « suppression » de la plateforme.
Le représentant de Renouveau lycéen, Nathanaël Combary – adhérent du parti Renaissance – a lui salué « quelques avancées » dont la « suppression du lycée d’origine » (dans les candidatures sur Parcoursup) en cours « d’expertise par le ministère », sur BFMTV vendredi matin.
Les ministres recevront de nouveau les organisations lundi pour travailler sur la transparence de Parcoursup et les capacités d’accueil dans l’enseignement supérieur.
Le mouvement a reçu le soutien remarqué de la star française du basket Victor Wembanyama, qui s’est dit « content que les lycéens et les jeunes en général se fassent entendre ».
Édouard Geffray, un ministre en déphasage

Nommé il y a un an rue de Grenelle, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale parait totalement en déphasage tant dans la communication que dans l’action ou il s’est rangé tel un « petit enfant » derrière le ministre de l’intérieur souvent à l’offensive.
L’embrasement du mouvement lycéen, dont la gestion par le gouvernement fait débat, a amené sous le feu des projecteurs ce ministre jusqu’ici très discret dans l’équipe Lecornu.
Selon un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron, le président lui reprocherait d’avoir sous-estimé la contestation, de ne pas avoir « senti le truc venir » et d’avoir tardé à se rendre sur le terrain.
« Il ne faut pas des réponses de directeur d’administration, il faut des réponses de politique », grince également un membre du gouvernement.
Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, qui a ferraillé avec le ministre lors d’un débat consacré à la mobilisation lycéenne, affirme à l’AFP l’avoir trouvé « plus fort politiquement que ce que l’on disait », mais « moins bon techniquement que ce que tout le monde prétendait ».
Nommé le 12 octobre 2025 après le départ d’Élisabeth Borne, ce haut fonctionnaire de 48 ans connaît le ministère de l’Éducation nationale, qui a vu se succéder sept locataires depuis 2022, comme peu de ses prédécesseurs.
Diplômé de Sciences Po et ancien élève de l’ENA, Édouard Geffray a été secrétaire général de la Cnil puis brièvement directeur de cabinet de François Bayrou à la Justice, avant de rejoindre l’Éducation nationale comme directeur des ressources humaines puis directeur général de l’enseignement scolaire de 2019 à 2024.
À ce poste stratégique de numéro deux du ministère, il pilote notamment de l’intérieur la gestion de la crise sanitaire du Covid, la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat sous Jean-Michel Blanquer et supervise la série de réformes engagées sous Gabriel Attal.
Très loyal envers les ministres qu’il a servis, soulignent plusieurs de ses interlocuteurs, Édouard Geffray a traversé les changements de cap successifs de la rue de Grenelle, appliquant des orientations parfois opposées à celles qu’il avait lui-même contribué à mettre en œuvre.
Devenu ministre à son tour, il n’a pas dérogé à la règle en abandonnant plusieurs mesures emblématiques de Gabriel Attal, comme les groupes de besoins au collège ou l’expérimentation de l’uniforme scolaire.
Parmi les autres marqueurs de sa première année figurent l’interdiction du téléphone portable au lycée, le durcissement des critères d’évaluation de l’orthographe aux examens ou encore un décret controversé renforçant les sanctions contre les élèves dont les parents menacent ou agressent des personnels de l’Éducation nationale, mais absolument rien sur les préoccupations des lycéens tel que la batis, parcoursup ou encore le manque de profs dans chaque classe.
Une négligence qui aujourd’hui revient tel un boomerang
