USA / SYRIE : Trump reçoit l’ancien de DAESH devenu président

De la liste noire du FBI au bureau Ovale. Donald Trump reçoit Ahmad al-Chareh ce lundi à la Maison Blanche, une première pour un chef d’Etat syrien depuis l’indépendance du pays en 1946 et une consécration pour l’ancien terroriste d’Alqaida devenu président.

« Je l’aime bien », a réagi le président américain après la rencontre, qui s’est déroulée loin des caméras, en ajoutant: « Nous ferons tout ce que nous pouvons pour que la Syrie réussisse. »

« Il a un passé brutal, et je pense, franchement, que sans passé brutal, vous n’avez aucune chance », a encore dit Donald Trump.

Il avait déjà exprimé sa sympathie pour le président intérimaire, dont la coalition islamiste a renversé le dirigeant de longue date Bachar al-Assad en décembre 2024, pendant leur toute première rencontre, en mai dans le Golfe.

Comme largement attendu, cette visite a été l’occasion d’annoncer l’entrée de la Syrie dans la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, visant l’EI.

« La Syrie deviendra ainsi le 90e membre de la coalition contre Daech », a déclaré un responsable américain ayant requis l’anonymat, utilisant l’acronyme arabe de l’EI. Selon lui, Damas va désormais « s’associer aux Etats-Unis pour éliminer les derniers foyers de Daech et mettre un terme à l’afflux de combattants étrangers ».

Dans une interview à Fox News, le président syrien avait peu avant assuré que ce sujet devait encore être discuté.

Historique, la visite d’Ahmad al-Chareh est toutefois restée relativement discrète: il est passé par une entrée latérale, sans le protocole habituellement réservé aux chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, que le président américain vient presque toujours accueillir sur le perron.

Les journalistes n’ont pas non plus été conviés dans le Bureau ovale en présence des deux dirigeants.

Après près de deux heures à la Maison Blanche, Ahmad al-Chareh a salué des partisans qui l’acclamaient.

– « Observer les développements » –

Le département d’Etat a par ailleurs annoncé une nouvelle pause des sanctions américaines de la loi César, en attendant que le Congrès ne les lève éventuellement pour de bon.

Il s’agit d’une pause pour 180 jours de cette loi adoptée en 2019 qui imposait des sanctions américaines drastiques contre le gouvernement de Bachar al-Assad, bannissant le pays du système bancaire international et des transactions financières en dollars. Elle avait déjà été suspendue en mai.

Les Etats-Unis ont aussi autorisé à la Syrie de reprendre les activités de son ambassade à Washington, a fait savoir le même responsable ayant requis l’anonymat.

Les Etats-Unis, eux, prévoient d’établir une base militaire près de Damas, « pour coordonner l’aide humanitaire et observer les développements entre la Syrie et Israël », selon une source diplomatique en Syrie.

Vendredi, Washington avait déjà retiré le dirigeant syrien de la liste noire des terroristes. 

Depuis 2017 et jusqu’à décembre dernier, le FBI offrait une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation du leader de l’ancienne branche locale d’Al-Qaïda, le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

Le président intérimaire syrien, dont la coalition islamiste a renversé le dirigeant de longue date Bachar al-Assad en décembre 2024, est arrivé à Washington samedi avec son ministre des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani.

Dimanche, il a rencontré la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, et discuté « des potentiels domaines de coopération entre la Syrie et le FMI afin de soutenir le développement et la croissance économique dans le pays », selon la présidence syrienne.

Après de 13 ans de guerre civile, la Syrie cherche en effet à garantir des fonds pour sa reconstruction, dont le coût pourrait dépasser 216 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.

Lors de cette visite historique, Damas devrait signer un accord pour rejoindre la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, selon l’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack. Cette question figure « en tête de l’agenda », a confirmé à l’AFP une source diplomatique syrienne.

Les Etats-Unis, eux, prévoient d’établir une base militaire près de Damas, « pour coordonner l’aide humanitaire et observer les développements entre la Syrie et Israël », selon une autre source diplomatique en Syrie.

– « Nouveau chapitre » –

La rencontre entre M. Trump et M. Chareh « ouvre un nouveau chapitre dans la politique américaine au Moyen-Orient », estime l’analyste Nick Heras, du New Lines Institute for Strategy and Policy.

Vendredi, les Etats-Unis ont retiré le dirigeant syrien de la liste noire des terroristes. Depuis 2017 et jusqu’à décembre dernier, le FBI offrait une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation du leader de l’ancienne branche locale d’Al-Qaïda, le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

Jeudi, c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui avait levé les sanctions contre M. Chareh, à l’initiative des Etats-Unis, saluant l’engagement des autorités syriennes à « lutter contre le terrorisme ».

Dès sa prise de pouvoir, M. Chareh a rompu avec son passé, multipliant les ouvertures vers l’Occident et les Etats de la région, dont Israël avec lequel son pays est théoriquement en guerre.

Donald Trump avait déjà rencontré le dirigeant syrien lors d’un voyage dans le Golfe en mai. 

« Trump amène Chareh à la Maison Blanche pour dire qu’il n’est plus un terroriste (…) mais un dirigeant pragmatique et, surtout, flexible qui, sous la direction américaine et saoudienne, fera de la Syrie un pilier régional stratégique », explique Nick Heras.

M. Chareh, qui s’est rendu à l’ONU à New York en septembre, veut lui « la bénédiction de Trump pour débloquer des milliards de dollars (…) pour reconstruire la Syrie et consolider son contrôle sur le pays ».

– Liens avec Israël –

« Au niveau national, cette coopération risque d’accentuer le déséquilibre croissant entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes dans le nord-est du pays », analyse de son côté Nanar Hawach, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group (ICG).

La majorité des troupes américaines sont basées dans les zones sous contrôle kurde. L’ouverture d’une base à l’aéroport militaire de Mazzeh, près de la capitale, changerait la donne.

Le groupe jihadiste Etat Islamique (EI) a été défait en 2019 en Syrie par la coalition internationale et les FDS, qui négocient les conditions de leur intégration dans l’armée.

Mais ces pourparlers « n’ont pas pas beaucoup avancé, ce qui complique les plans des Etats-Unis concernant le maintien de leurs troupes dans le nord-est du pays », ajoute Michael Hanna, directeur du programme américain de l’ICG.

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