UE / RACISME : Orban où la chasse aux militants antiracistes
Des députés, écrivains et activiste français se mobilisent depuis des mois pour protéger un militant antifasciste albanais que la Hongrie de Victor Orban souhaite incarcérer sur son sol

« Je considère que la France n’a pas à livrer des militants antifascistes à la justice d’extrême droite hongroise », proteste Thomas Portes, engagé auprès de Rexhino Abazaj alias « Gino » depuis son arrestation à Paris en novembre, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen émis par la Hongrie du Premier ministre nationaliste Viktor Orban.
Mercredi, ce député Insoumis de Seine-Saint-Denis sera à la cour d’appel de Paris, où « Gino » pourrait être fixé sur son sort. Le militant de 32 ans comparaîtra libre, sous contrôle judiciaire, après plus de quatre mois de détention.
« Je pense qu’on ne se rend pas compte de la valeur de la liberté, sauf lorsqu’on la perd », confie Rexhino Abazaj à l’AFP, lors d’un entretien par visioconférence, en présence d’un de ses avocats.
Né en Albanie, le trentenaire a grandi en Italie, avant de passer plusieurs années en Finlande et d’arriver en France l’an dernier, où il espère rester.
Quentin – il n’a pas donné son nom -, porte-parole de son comité de soutien, salue ses « valeurs très fortes d’humanisme ».
« Gino » se donne « beaucoup pour ses idées politiques », renchérit un de ses avocats, Me Laurent Pasquet-Marinacce.
Militant pour le droit au logement, Rexhino Abazaj se revendique « d’un mouvement antifasciste populaire qui s’oppose au néofascisme qui croît en Europe ».
« L’antifascisme n’est pas un mouvement extrémiste », souligne-t-il.
En février 2023, il se rend à Budapest pour protester contre le « Jour de l’Honneur », commémoration organisée par des néonazis dans la capitale hongroise. Les autorités l’accusent, comme une dizaine d’autres personnes, d’avoir « brutalement attaqué des néonazis ».
Une militante italienne, Ilaria Salis, est arrêtée. En janvier 2024, les images de cette enseignante, mains enchaînées et pieds liés au tribunal, provoquent l’indignation en Italie. Détenue environ 15 mois, elle est assignée à résidence puis libérée après son élection au Parlement européen.
« Je suis toujours en danger », affirme pourtant l’eurodéputée de gauche radicale à l’AFP, rappelant la demande, par Budapest, de lever son immunité.
« Salis n’est pas une héroïne. Elle est une violente extrémiste qui a vu la Hongrie comme un champ de bataille pour son idéologie, attaquant des citoyens sans défense en plein jour », avait écrit sur X, en février, Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement hongrois.
Elle, comme « Gino », clament leur innocence.
– « Pas de procès équitable » –
Fin novembre 2024, les autorités hongroises disaient espérer une coopération entre Paris et Budapest. « Quand un crime violent a été commis, les tribunaux extradent généralement la personne », avait précisé Gergely Gulyas, directeur de cabinet de M. Orban.
Pour Ilaria Salis, remettre « Gino » à la Hongrie le mettrait dans une « situation très dangereuse », elle qui dit avoir subi des conditions de détention « inhumaines ».
Elle évoque des cellules « infestées de punaises de lit et de coléoptères », et parle de journées passées enfermée 23h/24, empêchée de contacter sa famille pendant plus de six mois. « J’ai passé un mois et demi sans avoir la possibilité de changer de sous-vêtement ».
En janvier 2024, le gouvernement hongrois avait défendu son système carcéral, le qualifiant de « conforme aux normes de l’UE ».
Fin février, Maja T. – qui se considère non-binaire -, activiste de 24 ans remis à la Hongrie par l’Allemagne, était aussi apparu menotté et pieds liés au tribunal.
En Hongrie, « Gino » risque « 24 ans de prison, il est évident qu’il n’aura pas de procès équitable et que la décision est écrite d’avance », redoute Me Pasquet-Marinacce.
Si sa remise en liberté fin mars par la justice française donne un « sentiment évidemment positif » à son autre conseil Me Youri Krassoulia, « Gino » entrera dans la salle d’audience mercredi avec le cœur qui « battra à tout rompre ».
