UE / BCE : Un euro au plus haut
Un euro fort rend les importations libellées en dollars moins chères sur des biens comme le pétrole, le gaz naturel liquéfié et d’autres matières premières, accentuant les pressions désinflationnistes, alors que la BCE prévoit déjà une inflation inférieure à son objectif cette année et l’an prochain.

Le taux de dépôt, référence de la politique monétaire, va demeurer à 2% pour la cinquième réunion d’affilée depuis juillet, selon les attentes.
La Banque d’Angleterre a quant à elle sans surprise maintenu son taux directeur inchangé jeudi, à 3,75%, en raison d’une inflation repartie à la hausse en décembre et malgré de légers signes de reprise économique.
Les banquiers centraux de la zone euro font face à un début d’année agité, marqué par les attaques renouvelées de Donald Trump contre la Réserve fédérale américaine (Fed), ses menaces de s’emparer du Groenland et la capture du président vénézualien Nicolas Maduro.
Cela a affaibli sensiblement le dollar: la semaine dernière, l’euro a brièvement dépassé 1,20 dollar, un plus haut en quatre ans et demi, avant de redescendre à 1,18 dollar, suite au revirement de Trump sur le Groenland et à la perspective de la nomination de Kevin Warsh, favorable à une politique monétaire stricte, à la tête de la Fed.
Un euro fort rend les importations libellées en dollars moins chères sur des biens comme le pétrole, le gaz naturel liquéfié et d’autres matières premières, accentuant les pressions désinflationnistes, alors que la BCE prévoit déjà une inflation inférieure à son objectif cette année et l’an prochain.
De fait, l’inflation en zone euro a ralenti plus que prévu en janvier à 1,7% sur un an, après 2 % en décembre, qui était conforme à l’objectif de 2%, selon Eurostat.
De quoi sortir la BCE de sa « bonne position » affirmée à l’envi face aux risques économiques ? Les observateurs estiment que, sans nouvelles projections pour aider ses décisions, la présidente Christine Lagarde devrait s’en tenir jeudi à des interventions verbales.
– « Pleine flexibilité » –
Mme Lagarde « choisira pour le sujet de l’euro une formulation du type +nous suivons attentivement les évolutions+, sans indiquer une orientation claire de la politique monétaire si l’euro atteint un certain niveau ou un certain rythme d’appréciation », affirme à l’AFP Marco Wagner, économiste chez Commerzbank.
L’appréciation de l’euro face au billet vert repose moins sur la dynamique économique européenne que sur les inquiétudes suscitées par la politique jugée imprévisible de Donald Trump, selon les économistes.
Si la BCE ne vise aucun niveau de change précis, elle rappelle régulièrement que les fluctuations de la monnaie sont surveillées, car elles influencent directement la trajectoire de l’inflation.
Avant la réunion de jeudi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a souligné sur LinkedIn que la BCE « suit de près cette appréciation de l’euro et ses conséquences possibles en termes de baisse de l’inflation ».
Son homologue autrichien, Martin Kocher, a estimé que l’appréciation de l’euro, si elle se poursuivait, pourrait contraindre la BCE à « réagir en termes de politique monétaire ».
– Incertitude élevée –
Le haut degré d’incertitude lié aux risques géopolitiques devrait également avoir pesé sur les débats jeudi.
« Bien que le conflit autour du Groenland semble temporairement résolu, la BCE n’est pas naïve : les tensions pourraient réapparaître à tout moment », faisant que « l’incertitude sur les perspectives économiques reste élevée », estime Dirk Schumacher, économiste à la banque publique KfW.
Si la BCE devait agir sur ses taux, elle a par le passé pris son temps, comme en 2022, lorsqu’elle avait d’abord jugé temporaire la flambée des prix consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avant de lancer, des mois plus tard, une série inédite de hausses de taux.
