ISRAËL / IRAN : La position « lunaire » d’Emmanuel Macron

Depuis 1967 la doctrine française, initiée par le général De Gaulle, est que la France ne se met jamais du coté du pays qui lance en premier les hostilités. Cette doctrine qui a traversé toute l’histoire de la cinquième république est aujourd’hui remise en cause en une petite journée de ce vendredi par le quai d’Orsay en affirmant « le droit d’Israël à se défendre » alors que dans ce cas précis Israël n’est pas le pays agressé mais le pays agresseur, et par le président de la république en saluant les « effets » des frappes israéliennes contre les capacités nucléaires de l’Iran alors même que ces frappes sont en violation totale du droit international.

Le chef de l’Etat, qui s’est montré très virulent ces derniers mois contre la guerre que continue de mener le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu à Gaza, ainsi que le blocus humanitaire de l’enclave palestinienne assiégé, s’est abstenu de condamner les frappes israéliennes en Iran.

« Nous ne partageons pas cette approche et la nécessité d’une opération militaire. Néanmoins, quand on regarde les résultats de ces frappes, elles ont permis de réduire des capacités d’enrichissement » d’uranium, « elles ont permis de réduire des capacités balistiques, et elles ont donc des effets qui vont dans le sens recherché », a-t-il fait valoir.

« L’Iran a poursuivi son programme ces derniers mois, a continué d’enrichir, et est proche d’un stade critique » qui permet « de produire des engins nucléaires », a déclaré le président français lors d’une conférence de presse convoquée à l’Elysée après les bombardements menés dans la nuit, puis à nouveau l’après-midi, par Israël contre des installations nucléaires et militaires iraniennes.

Cette « marche vers l’arme nucléaire par l’Iran menace la région, l’Europe et plus généralement la stabilité collective »: « nous ne pouvons pas vivre dans un monde où l’Iran posséderait la bombe atomique, car c’est une menace existentielle », a-t-il martelé. Il a même attribué à Téhéran « une lourde responsabilité dans la déstabilisation de toute la région ».

– Appel à la « négociation » –

Il a appelé à présent à la « reprise du dialogue » et à la « négociation » pour régler « la question nucléaire iranienne », demandant au passage que les Européens soient à nouveau « impliqués » dans ce processus qui, ces dernières semaines, s’était résumé à un face-à-face entre l’Iran et les Etats-Unis sous l’impulsion de Donald Trump. Mais il s’est montré pessimiste, redoutant que cette « étape nouvelle dans la guerre qui se joue dans la région » ne soit vouée à « durer », au risque d’avoir aussi des « conséquences économiques » y compris pour les Français.

Emmanuel Macron, qui s’est entretenu toute la journée avec le président américain, le Premier ministre israélien, les principaux dirigeants du Golfe, de l’Egypte et de Jordanie ainsi qu’européens, a exhorté à la « désescalade ».

Il a toutefois affirmé que la France participerait « aux opérations de protection et de défense » d’Israël en cas de « représailles » iraniennes, si elle est « en situation de le faire ».

Recommandant aux Français de ne pas se rendre dans la région, il a averti solennellement d’un risque « sécuritaire », car « l’Iran, par le passé » a pu « mener des actions terroristes sur des sols étrangers » et dispose aujourd’hui de missiles « qui peuvent aussi toucher le sol européen ». Il a ainsi annoncé un « renforcement » du dispositif Sentinelle, qui déploie des militaires en France, « pour faire face à toutes les potentielles menaces sur le territoire national ».

– Report –

Lors de sa conférence de presse, le président français a par ailleurs annoncé le report de la conférence internationale prévue la semaine prochaine au siège de l’ONU, à New York, pour relancer la solution à deux Etats, israélien et palestinien, qu’il devait coprésider avec l’Arabie saoudite. Emmanuel Macron, qui devait y intervenir mercredi, avait envisagé dès avril d’y reconnaître un Etat palestinien, même s’il avait depuis émis plusieurs conditions qui sonnaient parfois comme une volonté de temporiser sur ce pas diplomatique retentissant de la part de la France.

Il a assuré vendredi que le report est dû à des « raisons logistiques et sécuritaires » qui empêchent plusieurs dirigeants arabes ou le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de se rendre à New York, en raison de l’escalade entre l’Iran et Israël qui a provoqué la fermeture de l’espace aérien dans plusieurs pays du Moyen-Orient. La conférence aura toutefois lieu « au plus vite », a-t-il garanti, promettant de fixer une nouvelle date « dès les prochains jours ».

Surtout, le président français a martelé sa « détermination à reconnaître l’État de Palestine », et ce « quelles que soient les circonstances ».

« Un État palestinien démilitarisé, reconnaissant l’existence et la sécurité d’Israël, qui doit recevoir le soutien d’une mission internationale de stabilisation », est « le préalable indispensable à l’intégration régionale d’Israël », a-t-il théorisé, jugeant que la conférence engendrera « une dynamique inarrêtable ».

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