GUERRE IRAN : Vers un nouveau choc pétrolier ?
La guerre au Moyen-Orient entraîne « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement mondial du pétrole de l’histoire, a averti jeudi l’Agence internationale de l’énergie (AIE), alors que se poursuivent les attaques sur le détroit d’Ormuz devenu le nerf de cette guerre

Le conflit, déclenché le 28 février par des attaques américano-israéliennes contre l’Iran, pénalise l’approvisionnement en or noir de l’économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.
Les pays du Golfe réduisent actuellement leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour en raison du blocage du détroit d’Ormuz, de facto contrôlé par l’Iran, selon l’AIE.
Mercredi, les 32 pays membres de l’Agence – dont les Etats-Unis – avaient acté un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques, espérant apaiser les inquiétudes de marché ultra volatils depuis lundi.
Mais le prix du pétrole est repassé temporairement jeudi au-delà du seuil symbolique des 100 dollars le baril. Et les Bourses européennes fléchissaient à la mi-journée. En Asie, Tokyo a fini en repli de 1%. Les places de Sydney, Séoul, Bombay, Wellington, Singapour, Taipei, Manille et Jakarta étaient elles aussi en berne.
« L’alarme géopolitique continue de sonner au niveau du détroit d’Ormuz », estime Stephen Innes de SPI Asset Management. « La décision de l’AIE équivaut à utiliser un tuyau d’arrosage pour éteindre l’incendie d’une raffinerie ».
– Explosions dans le Golfe –
Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Bahreïn a dénoncé dans la nuit une attaque iranienne contre des réservoirs d’hydrocarbures, quand d’autres brûlaient dans le port de Salalah, à Oman.
L’Arabie saoudite a déploré une attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah (est), déjà visé à plusieurs reprises, tout comme l’aéroport de la capitale du Koweit.
Dans le même temps, trois navires ont été attaqués depuis mercredi soir, soit un total de six depuis la veille et 23 depuis le début du conflit, selon l’agence maritime britannique (UKMTO). La télévision étatique irakienne a diffusé des images d’un navire d’où s’élevaient d’impressionnantes boules de feu.
Plus de 50 membres d’équipage ont été secourus au large de l’Irak, selon les autorités portuaires. Un ressortissant indien a été tué.

La menace s’étend désormais aussi sur la banque et la finance, services essentiels des grandes capitales du Golfe. L’agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de « futures cibles », dont les géants Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.
Une stratégie « oeil pour oeil, dent pour dent » revendiquée mardi par le président du Parlement iranien, l’influent Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a d’ores et déjà provoqué la fermeture de bureaux à Dubaï de plusieurs banques et cabinets de conseil.
– 11 milliards de dollars en une semaine –
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.
Ali Fadavi, un de ces représentants, a brandi la menace d’une « guerre d’usure » à même de « détruire l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale ».
Ces développements interrogent après les propos du président américain, qui a promis qu’une « grande sécurité » régnerait bientôt dans ce goulot d’étranglement, par lequel transite d’ordinaire un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
L’Iran est « proche de la défaite », a encore affirmé le président américain, sans preuve concrète.
Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), estime pour autant que la Maison Blanche « ignore les leçons de l’histoire ».
« Le régime iranien, qui n’a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d’usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression », dit-il à l’AFP.
Economiquement, l’opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s’appuyant sur des sources parlementaires.
Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) a chiffré de son côté les 100 premières heures de l’opération à 3,7 milliards de dollars.
Les ports pourraient eux même devenir une cible. L’armée américaine a appelé les civils iraniens à s’éloigner de ceux dans la région du détroit d’Ormuz, car s’ils sont « utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé ».
Là encore, Téhéran menace d’une réponse symétrique, assurant qu’en cas d’attaque, « tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes ».
L’Iran « abandonnera toute retenue » et « fera couler le sang des envahisseurs » dans le Golfe, a insisté le président du Parlement iranien, l’influent Mohammad Bagher Ghalibaf. Il n’a cité aucune île en particulier, mais le média Axios jugeait récemment possible une attaque sur Kharg, hub pétrolier de l’Iran, sur la base de sources américaines.
Quelque 3,2 millions d’Iraniens ont été déplacés à l’intérieur de l’Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).
– « Nous prendrons des territoires » –
Au Liban, victime collatérale de l’attaque israélo-américaine, les combats redoublent d’intensité, visant le mouvement pro-iranien Hezbollah.
Mercredi soir selon Israël, dans une attaque coordonnée avec Téhéran, le Hezbollah a tiré 200 roquettes, une vingtaine de drones et des missiles balistiques sur tout Israël, soit le « plus important barrage » de feu du mouvement chiite libanais depuis le début de la guerre.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, dit envisager de prendre le contrôle de territoires de son voisin et a ordonné à son armée de se préparer à y « étendre » ses opérations.
« J’ai averti le président libanais que si son gouvernement ne parvient pas à contrôler le territoire et empêcher le Hezbollah de menacer les communautés du nord et de tirer sur Israël, nous prendrons des territoires et le ferons nous-mêmes », a-t-il déclaré.
Mercredi, l’Iran avait fait état d’une opération « conjointe » avec le Hezbollah, « un feu continu » pendant cinq heures.
