GUERRE IRAN : De l’horreur de Minab au chaos planétaire
Au delà d’un horrible drame humain avec un nombre de morts civiles de plus en plus tragique où le temps est donné dès le premier jours avec le bombardement d’une école primaire à Minab faisant plus de 170 victimes en majorités des jeunes filles âgées de moins de 12 ans, la guerre en Iran déclenchée par le président américain, sous l’influence du premier ministre israélien, provoque une perturbation historique de l’approvisionnement du pétrole et un choc sur l’économie mondiale avec un risque inflationniste sur les produits de premières nécessités au quatre coins de la planète

Le conflit, déclenché le 28 février par des attaques américano-israéliennes contre l’Iran, pénalise l’approvisionnement en or noir de l’économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.
Les pays du Golfe réduisent leur production d’au moins 10 millions de barils par jour en raison du blocage du détroit d’Ormuz, de facto contrôlé par l’Iran, selon l’AIE. Mercredi, ses 32 pays membres avaient acté un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques.
Et au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s’organise entre privations, angoisses et espoir d’un lendemain meilleur.
« On peut toujours faire ses courses. L’exception, c’était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique », explique à l’AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.
Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais « je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+ », explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, « il n’y a aucune autre solution que l’intervention étrangère » pour changer le pouvoir politique.
– Explosions dans le Golfe –

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d’hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.
Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 23 depuis le début du conflit, selon l’agence maritime britannique (UKMTO).
La télévision étatique irakienne a diffusé des images d’un navire d’où s’élevaient d’impressionnantes boules de feu. Plus de 50 membres d’équipage ont été secourus au large de l’Irak, selon les autorités portuaires.
La menace s’étend désormais aussi sur la banque et la finance, services essentiels des grandes capitales du Golfe. L’agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de « futures cibles », dont les géants Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia et certains grands noms de la finance ont déjà fermé leurs bureaux à Dubaï.
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.
Ali Fadavi, un de ces représentants, a brandi la menace d’une « guerre d’usure » à même de « détruire l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale ».
– Téhéran « n’a plus rien à perdre » –
Ces développements interrogent après les propos du président américain, qui a promis qu’une « grande sécurité » régnerait bientôt dans le détroit d’Ormuz, goulot d’étranglement par lequel transite d’ordinaire un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Le ministre américain de l’Energie a de son côté déclaré que l’armée n’était « pas prête » pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.
Pour Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), la Maison Blanche « ignore les leçons de l’histoire ».
« Le régime iranien, qui n’a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d’usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression », dit-il à l’AFP.
Economiquement, l’opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s’appuyant sur des sources parlementaires.
Les ports pourraient eux même devenir une cible. L’armée américaine a appelé les civils iraniens à s’éloigner de ceux dans la région du détroit d’Ormuz, car s’ils sont « utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé ».
Là encore, Téhéran menace d’une réponse symétrique, assurant qu’en cas d’attaque, « tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes ».
L’Iran « abandonnera toute retenue » et « fera couler le sang des envahisseurs » dans le Golfe, a insisté le président du Parlement iranien, l’influent Mohammad Bagher Ghalibaf. Il n’a cité aucune île en particulier, mais le média Axios jugeait récemment possible une attaque sur Kharg, hub pétrolier de l’Iran, sur la base de sources américaines.
Quelque 3,2 millions d’Iraniens ont été déplacés à l’intérieur de l’Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).
– « Nous prendrons des territoires » –
Au Liban, victime collatérale de l’attaque israélo-américaine, les combats redoublent d’intensité, visant le mouvement pro-iranien Hezbollah. Les frappes israéliennes ont fait 687 morts, d’après les autorités.
Mercredi soir selon Israël, dans une attaque coordonnée avec Téhéran, le Hezbollah a tiré 200 roquettes, une vingtaine de drones et des missiles balistiques sur tout Israël, soit le « plus important barrage » de feu du mouvement chiite libanais depuis le début de la guerre.
Dans un silence assourdissant de la communauté internationale, Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, dit envisager de prendre le contrôle de territoires de son voisin et a ordonné à son armée de se préparer à y « étendre » ses opérations. Une colonisation en bonne et due forme.
