FRANCE / MEDIAS : L’extrême-droite dicte le tempo
Une récupération politique et une couverture médiatique hors normes pour une abjecte agression mortelle à Lyon d’un jeune militant d’extrême-droite en marge d’une conférence sur la Palestine ou des chroniqueurs et hommes politiques sur les plateaux télés tirent les conclusions de l’enquête avant la justice en pointant du doigt la responsabilités de LFI désignée comme l’ennemie de la république dans une opération de diabolisation de longue date.

Une conférence de Rima Hassan programmée par le syndicat FSU le 27 février à l’École normale supérieure de Paris-Saclay a été annulée.
« La conférence initialement prévue sur le plateau de Saclay à l’initiative du syndicat des personnels FSU, représentatif de l’ENS Paris-Saclay, a été annulée à la suite des événements récents survenus à Lyon », a indiqué à l’AFP le service communication de l’ENS Paris-Saclay confirmant une information de BFMTV.
« Le syndicat a informé la présidence de l’établissement de cette décision et l’ensemble de l’École agit dans le dialogue pour assurer la sérénité des débats et la sécurité des étudiants et du personnel », précise mercredi l’ENS Paris-Saclay.
« Cette initiative ne s’inscrivait pas dans le cadre académique de l’École, qui devait uniquement mettre à disposition des locaux pour l’événement », poursuit-elle.
Mme Hassan a réfuté sur X l’annulation et indiqué que la conférence était « décalée », sans donner de date.
Mardi, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste avait assuré qu’il n’y aurait pas d’autres « meetings » dans les universités si un risque de trouble à l’ordre public est avéré.
Le ministre avait précisé avoir envoyé une circulaire aux préfets et aux recteurs en ce sens. Il a toutefois souligné que la décision reviendrait à la fin aux présidents d’universités.
Un jeune militant d’extrême-droite, Quentin Deranque, 23 ans, a été frappé jeudi soir par plusieurs personnes cagoulées, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, où il était présent avec d’autre militants d’extrême-droite aux cotés collectif identitaire Némésis venus perturber la tenue de la conference.
Souffrant d’un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.
Sept sont soupçonnés d’avoir joué un rôle direct dans les violences survenues il y a une semaine, les quatre autres le sont pour avoir tenté de les aider à se soustraire aux recherches.
La plupart sont liés à des mouvements d’ultragauche, selon une source proche de l’enquête. Figurent parmi eux deux collaborateurs parlementaires et un ancien stagiaire du député LFI Raphaël Arnault, fondateur du groupuscule La Jeune Garde Antifaciste, dissoute par décret en juin 2025 notamment pour des « violences ».
Alors que la pression monte sur La France insoumise, notamment à droite et à l’extrême droite, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé jeudi matin sur FranceInfo qu’il n’était « pas question » de suspendre ou d’exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l’Assemblée nationale, au motif notamment qu’il ne saurait être « tenu responsable des actes de ses salariés ».
Devant les enquêteurs, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, « a reconnu (…) la commission de violences et sa présence sur les lieux » mais « a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque », a dit à la presse son avocat, Me Bertrand Sayn.
La présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a suspendu ses accès aux locaux du Palais Bourbon, tout comme un deuxième collaborateur de M. Arnault en garde à vue, Robin C. connu à l’assemblée sous le nom de Robin Michel, et qui est lui soupçonné d’avoir aidé un des auteurs principaux à se cacher.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé jeudi Raphaël Arnault à « tirer les conclusions (…) si jamais la justice trouve des indices graves et concordants qui touchent lui-même (ou) ses collaborateurs qu’il a embauchés ».
La veille, le président du RN Jordan Bardella a également réclamé sa démission et mené l’offensive contre le parti d’extrême gauche en visant tout particulièrement son leader Jean-Luc Mélenchon. Il a aussi prôné un « front commun », un « cordon sanitaire » pour un « tout sauf LFI » aux élections municipales de mars et la présidentielle de 2027.
– « Dans la retenue » –
Jeudi matin, l’entourage d’Emmanuel Macron en visite en Inde a assuré que le président « se préoccupait de la situation » et appelait à éviter « tout engrenage de la violence ».
Sur RTL, leur avocat a assuré que les parents de Quentin appelaient « au calme et à la retenue » et dénonçaient « toute forme d’appel à la violence, toute forme de violence politique ».
Ils ne participeront pas, si elle a lieu, à une marche en hommage à Quentin samedi à Lyon et « souhaitent que si des personnes veulent s’agréger à cette initiative, qu’elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique », a expliqué l’avocat.
Cette marche, à l’appel d’une amie de Quentin et d’une ex-porte-parole du mouvement anti-avortement Marche pour la vie, n’a pour l’heure été ni autorisée ni interdite par la préfecture, dont les services continuent d' »évaluer » les risques qu’elle pourrait poser « pour la sécurité des participants comme des habitants ».
Les autorités s’intéressent notamment aux nombreux appels sur les réseaux sociaux de groupes qui pourraient se greffer ou même se « désolidariser » de la marche, a indiqué la préfecture à l’AFP. Ces appels proviennent de groupes d’ultradroite comme d’ultragauche, y compris de l’étranger.
Mais jeudi matin, le maire Grégory Doucet, a demandé de l’interdire « face au risque réel de débordements violents ».
