FRANCE / LR : Qui sera le plus à droite de la droite de la droite ?
Coups de « poignards dans le dos » et « chiens qui aboient »: A deux mois du congrès qui désignera le nouveau président de LR, le ton monte entre les deux candidats Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, qui multiplient les piques à distance.

Il n’y a pas de guerre des chefs: « Bruno Retailleau ne parle jamais de Laurent Wauquiez dans ses meetings », assure le camp du ministre de l’Intérieur. Une source proche du gouvernement ironise sur « l’obsession du ministre de l’intérieur sur l’Algérie »
« Il n’y a aucune attaque personnelle ou de critique de l’action au gouvernement », déclare le président des députés LR à l’assemblée.
Algérie, Algérie, encore Algérie.
Dans son discours, Laurent Wauquiez a accusé « l’exécutif d’avoir capitulé avant même de livrer bataille » face à l’Algérie, reprochant au président Emmanuel Macron d’avoir refusé de dénoncer l’accord de 1968 avec Alger, qui donne un statut particulier aux Algériens en France en matière de circulation, de séjour et d’emploi.
« Je ne peux accepter le choix qu’a imprimé Emmanuel Macron de dire que sur l’Algérie on ne peut rien faire, on ne va pas renégocier l’accord de 1968, on va continuer à se faire humilier », a-t-il dénoncé.
« Je le dis avec force. Il y a un seul chemin: on dénonce l’accord de 1968 », a-t-il insisté, recourant à ce qu’il présente comme « sa parole libre ». Une façon pour lui de se distinguer de Bruno Retailleau dont il affirme qu’il est bridé dans son expression par sa présence au gouvernement.
« Il faut que celui qui sera demain le président de notre famille politique ait l’autonomie et la liberté de pouvoir le dire », a-t-il expliqué.
L’ancien patron du parti, Christian Jacob, qui lui a apporté son soutien, a abondé dans le même sens lors de la réunion publique: « la présidence de LR c’est un travail à plein temps », a-t-il soutenu.
« On n’a pas la parole totalement libre au gouvernement. On y est lié par la solidarité gouvernementale », a-t-il ajouté.
Le ton monte :
« Les chiens aboient, la caravane tranquille passe », répond le ministre de l’Intérieur sur RTL.
Réplique du députe de haute-Loire : « Je pense que c’était une phrase malheureuse et je suis sûr qu’il la regrette », à l’issue d’une réunion publique devant près de 250 personnes à Provins (Seine-et-Marne).
« On n’est pas adversaires. Il ne faut pas qu’il y ait d’attaque, pas de phrases avec des mots qui peuvent être blessants », a-t-il ajouté, tandis que l’un de ses proches taclait « la fébrilité » du ministre et l’appelait « à garder son calme ».
Dans l’entourage de Bruno Retailleau, en vogue dans les sondages, on nie un quelconque dédain dans l’utilisation de cette expression, assurant qu’elle témoigne de la volonté de Bruno Retailleau de montrer que « ça ne l’empêche pas d’avancer » dans sa tâche à Beauvau.
Surtout, c’est une manière de dire « ça suffit » à Laurent Wauquiez qui « passe son temps à nous taper dessus avec des sous-entendus », explique la source, agacée par les attaques sur le manque de liberté du ministre en tant que membre du gouvernement.
Et l’entourage du Vendéen de contre-attaquer: « Pour décrédibiliser le ministre de l’Intérieur, Laurent Wauquiez se sert du récit de nos adversaires du RN ». A l’image du vice-président Sébastien Chenu qui a récemment présenté le ministre comme « l’homme des accommodements ».
– « La campagne contre la ville » –
Ces premiers échanges musclés entre les deux candidats coïncident avec l’accentuation de la « chiraquisation » de la campagne de Laurent Wauquiez.
Le député de Haute-Loire l’a d’ailleurs reconnu mardi sur Europe 1, citant dès les premières secondes de l’interview le nom de l’ancien président et affichant sa volonté de vouloir « sillonner la France » comme lui pour aller à la rencontre des adhérents LR.
Un parallèle qu’il a cherché à renforcer en parlant des « poignards qu’on lui a plantés dans le dos ». Allusion à la trahison infligée à Jacques Chirac par Edouard Balladur, son meilleur ennemi à droite, qui s’était finalement aussi jeté dans la course à l’Elysée en 1995 porté par des sondages favorables… avant de se faire doubler par celui qui deviendra au final président.
« C’est la campagne contre la ville », observe un élu auvergnat en comparant la stratégie de Laurent Wauquiez, qui prend son temps pour prendre un verre après ses meetings avec les militants et celle du ministre de l’Intérieur dont les fonctions le privent de la même disponibilité.
Le patron des députés LR a d’ailleurs l’intention de mener sa campagne jusqu’au congrès du 17 et 18 mai au « rythme de deux réunions par jour avec les fédérations, voire trois » pour pouvoir les rencontrer toutes, commente un proche.
C’est déjà le cas cette semaine où il est allé mercredi à la rencontre des militants en Côte d’Or et en Seine-et-Marne, avant de mettre le cap jeudi et vendredi sur l’Aude, l’Hérault, le Tarn et Toulouse.
Un emploi du temps chargé qui donne au camp de Bruno Retailleau l’occasion de riposter aux attaques de son adversaire qui souligne sans cesse que « la France a besoin d’un ministre à temps plein ».
A Beauvau, on déplore que cette campagne se fasse aux dépens de sa présidence des députés LR: « Il était absent lors du débat sur l’Ukraine… », relève un proche du ministre.
