FRANCE / LÉGISLATIVES : Le nouveau Front Populaire « seul rempart » contre l’extrême droite
Abrogation de la réforme des retraites, Smic à 1.600 euros, lutte contre l’antisémitisme… La gauche a dévoilé ce vendredi son programme commun sous la bannière du « Nouveau Front populaire »

Lors du scrutin des 30 juin et 7 juillet, « ce sera soit l’extrême droite, soit nous », a lancé la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, lors d’une conférence de presse avec l’ensemble des principaux partis de gauche, des Insoumis à Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann.
« La République est en danger face à ces ingénieurs du chaos qui prônent la division », a lancé le chef du parti à la flamme, dans les starting-blocks pour Matignon à 28 ans seulement.
A Paris un peu plus tôt, la gauche s’était affichée unie sur une photo de famille, de Place publique aux insoumis en passant par le Parti socialiste. Le « contrat de législature » du Nouveau Front populaire propose « une rupture totale avec la politique d’Emmanuel Macron », a assuré le coordinateur de LFI Manuel Bompard.
« Quand l’essentiel est en jeu, nous sommes là », s’est félicité le patron du PS Olivier Faure qui a largement fait valider l’accord par son Conseil national dans la matinée, avec seulement huit oppositions sur environ 300 membres.
– Engagements sur l’antisémitisme –
Le texte cosigné prévoit l’abrogation de la réforme des retraites, celle de l’assurance chômage et la loi immigration, l’indexation des salaires sur l’inflation, l’établissement d’un impôt sur la fortune « renforcé avec un volet climatique » et la généralisation de « la taxation des superprofits au niveau européen ». L’augmentation du Smic à 1.600 euros net (1.398,69 euros actuellement) a également été actée.
Sujet hautement sensible à gauche, la nouvelle coalition condamne « les massacres terroristes du Hamas » commis le 7 octobre en Israël et reconnaît une « explosion inquiétante sans précédent » des « actes racistes, antisémites et islamophobes »
Et la question épineuse de l’incarnation à Matignon en cas de victoire n’est pour le moment pas tranchée, même si les noms de Jean-Luc Mélenchon, de l’ancien syndicaliste Laurent Berger, de l’Insoumis François Ruffin ou des socialistes Valérie Rabault et Boris Vallaud ont circulé.
Cette union est « la seule manière » d’empêcher la victoire du Rassemblement national aux législatives, a fait valoir sur France Inter M. Glucksmann. Le vainqueur à gauche des européennes (13,83%) s’est toutefois fermement opposé à l’hypothèse d’un Jean-Luc Mélenchon chef du gouvernement.
Les partis sont convenus que celui qui aura le plus de députés proposera un candidat, ce qui avantage a priori LFI, présent dans 229 circonscriptions, contre 175 pour PS, 92 pour les Écologistes et 50 pour le PCF.
Pour le nouveau Front Populaire, ces quatre jours de tractations ont permis d’avoir un « programme de rupture », qui comporte de nombreuses mesures relatives à l’environnement, parmi lesquelles cette loi qui « permettra de fixer notamment les objectifs par énergie, pour sécuriser l’approvisionnement et lutter contre le réchauffement climatique ».
La gauche défend également le « principe de règle verte » – défendu par LFI depuis plusieurs années et qui prévoit « de ne pas prendre à la nature plus que ce qu’elle ne peut reconstituer » – et la mise en place d’un plan climat visant la neutralité carbone en 2050, ce que promet déjà le gouvernement actuel.
Pour conserver la biodiversité, les partis de gauche promettent notamment de doubler et améliorer la protection des aires maritimes protégées et de rétablir les postes supprimés à l’Office national des forêts (ONF), à l’Office français de la biodiversité (OFB) et à Météo-France.
Ils s’engagent également à atteindre d’ici 2027 « le très bon état écologique et chimique de tous les cours d’eau » et à mettre en place des règles précises de partage de l’eau sur l’ensemble des activités.
Côté agriculture, le Nouveau Front populaire souhaite adopter un moratoire sur « les méga-bassines » dans les quinze premiers jours, alors que la loi d’orientation agricole, dont l’examen est actuellement suspendu au Parlement, prévoit au contraire d’accélérer la création de ces retenues d’eau à vocation agricole.
Le mouvement promet de « rétablir le plan Ecophyto » – la gauche considérant que dans son nouveau plan sur les produits phytosanitaires, le gouvernement a reculé sur la question des pesticides. Il veut notamment « interdire le glyphosate », un herbicide décrié par les défenseurs de l’environnement, tout en accompagnant financièrement les agriculteurs.
Les partis de gauche veulent également réformer la Politique agricole commune (PAC), instaurer des « clauses miroir » – pour refuser l’importation de produits ne respectant pas les normes de production européennes – et s’opposent toujours aux accords commerciaux entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), et l’UE et des pays d’Amérique latine réunis au sein du Mercosur.
En ce qui concerne le bâtiment, ils veulent renforcer les aides aux particuliers pour isoler les logements et accélérer la rénovation des bâtiments publiques.
Enfin, au niveau international, la gauche plaide pour un protectionnisme écologique et social aux frontières de l’Europe, la reconnaissance du crime d’écocide et la création d’un tribunal international de justice climatique et environnementale.
