FRANCE / BETHARRAM : Tout le monde ment, sauf Bayrou.

Dans une audition fleuve ce mercredi sur l’affaire Bétharram, François Bayrou a usé d’une stratégie d’affrontement politique sans apporter de réel éclairage sur le fond. Il a mis en cause les médias, la professeur témoin et lanceur d’alerte, la commission d’enquête parlementaire, en somme tout le monde sauf lui même.

Se présentant avec deux livres, « Le silence de Bétharram » et « La Meute », livre à charge sur le fonctionnement en interne de LFI mais qui n’a aucun lien avec le sujet de l’audition devant la commission d’enquête parlementaire, le tout dans une confusion et des digressions interminables avec ton jugé agressif, François Bayrou a retourné les accusations de mensonges contre le corapporteur LFI Paul Vannier, en maintenant ne pas avoir disposé d’informations privilégiées dans l’affaire des violences physiques et sexuelles de l’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, où plusieurs de ses enfants ont été scolarisés.

« Sur le fond, François Bayrou ne lève pas grand-chose, il détourne le sujet », analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel. 

Sa « stratégie de diversion a bien fonctionné », complète le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet car « on a autant parlé de ses attaques contre LFI que du fond du dossier » sur lequel il a « conservé une ligne de défense basée sur le déni et le complot politique ».

– « Populiste » –

Se perdant dans les détails, François Bayrou a aussi entretenu la confusion dans ses réponses, ponctuées de formules assassines.

« C’est une stratégie très populiste, plus tenue par les coupables que par les innocents, qui renforce l’idée qu’il a quelque chose à cacher » si bien que sur le long terme « l’affaire n’est pas terminée » et pourrait donner des arguments au président pour s’en séparer, anticipe Philippe Moreau-Chevrolet.

Le Premier ministre a pris le risque de détériorer de nouveau son image, déjà dégradée dans l’opinion: l’homme politique « sympathique » se montre « cynique » et « agressif », souligne le communicant.

Si François Bayrou « ressort sans que l’idée de démission fasse les titres des journaux ou soit évidente », « l’histoire n’est pas terminée » car il ressort « abîmé » de ses attaques, abonde un élu LFI.

– « Crédit » –

Mais il est parvenu à limiter l’impact négatif de cette audition présentée comme déterminante pour son avenir politique.

Sa stratégie de renvoyer l’audition « dans le champ du débat politique partisan » ne le « sauve » pas, estime M. Morel, « mais il évite ainsi de présenter la gorge et peut espérer imposer dans l’opinion l’idée d’une vendetta contre lui, tout en pariant sur le fait d’éviter une censure, dès lors que le RN n’a pas intérêt à joindre sa voix à la gauche sur le sujet ».

En attendant les conclusions fin juin de la commission d’enquête, Paul Vannier lui-même n’a pas parlé jeudi de « parjure ». Il a estimé que François Bayrou avait « menti » par le passé mais qu’il était « trop tôt » pour dire s’il avait aussi menti pendant l’audition.

D’autre part, le Rassemblement national, sans les voix duquel François Bayrou ne peut pas être censuré, a semblé en soutien.

« J’ai tendance à donner du crédit à la parole publique du Premier ministre » a déclaré sur TF1 le vice-président du RN Sébastien Chenu, pour qui l’audition ressemblait « à un procès de Moscou ».

Cette audition « c’est du stalinisme », a renchéri le chef des députés MoDem Marc Fesneau, un proche de François Bayrou.

Beaucoup plus critique à l’égard du Premier ministre, le chef de file des députés socialistes Boris Vallaud a dénoncé « une entreprise d’enfumage », car pour lui François Bayrou n’a pas apporté « d’éléments supplémentaires de compréhension ».

François Bayrou n’est pas sorti d’affaire pour autant. Sur le budget 2026, encore plus contraint que le précédent, « on va droit à la censure à date », selon un proche. 

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