FRANCE / FÉMINICIDE : Le nombre de victimes en hausse

Plus 285.000 victimes de violences conjugales, en très grande majorité des femmes, ont été enregistrées par les forces de sécurité en 2025, soit une hausse de 5 % sur un an, en plein débat au Parlement de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles

Après une stabilité en 2024, le nombre de victimes enregistrées – 284.681 exactement – repart à la hausse et a plus que doublé depuis 2016 (+129 %), selon l’étude annuelle du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).

La progression ne traduit toutefois pas nécessairement une augmentation équivalente des violences, souligne le SSMSI, qui évoque notamment la « libération de la parole » des victimes, l’amélioration de leurs conditions d’accueil et les dispositifs de protection et de sanction mis en place ces dernières années.

« Ces chiffres nous rappellent l’ampleur des violences que les femmes subissent encore, en France. Ils nous imposent de continuer à amplifier la mobilisation de toute la société », a déclaré à l’AFP Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Comme les années précédentes, la très grande majorité des victimes sont des femmes (84 %) alors que les mis en cause sont le plus souvent des hommes (85 %) et de nationalité française (84 %). Au total, près de 218.000 personnes ont été mises en cause en 2025, soit une hausse de 2 %.

Près des trois quarts des victimes (73 %) ont entre 20 et 45 ans, la tranche d’âge des 30-34 ans étant la plus représentée (16 %).

– Violences sexuelles en forte hausse –

Selon le ministère de l’Intérieur, près des deux tiers des violences conjugales (63 %) consistent en des violences physiques, le plus souvent sans incapacité totale de travail (ITT).

En 2025, 124 personnes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, contre 134 en 2024, tandis que 433 tentatives d’homicide ont été enregistrées, en hausse de 8 %, selon le SSMSI.

« On a toujours des hommes récidivistes, multirécidivistes, qui ont des curriculum judiciaires longs comme le bras et qui continuent à être en liberté avec un sentiment d’impunité sociétale qui fait qu’ils se permettent de passer à l’acte », dénonce auprès de l’AFP le Collectif Féminicides par compagnons ou ex.

Les violences verbales ou psychologiques représentent 31 % des victimes enregistrées, dont 17% pour du harcèlement, 12 % pour des menaces et 2 % pour des atteintes à l’intimité ou à la vie privée.

Les violences sexuelles, qui représentent 5 % des victimes, sont celles qui progressent le plus fortement (+12 % sur un an), avec quelque 15.100 victimes enregistrées. Dans 82 % des cas, il s’agit de viols ou de tentatives de viol.

Comme en 2024, le Pas-de-Calais, La Réunion, le Nord, la Somme et la Seine-Saint-Denis figurent parmi les départements affichant les plus forts taux de victimes enregistrées pour 1.000 habitantes âgées de 15 à 64 ans.

– 13 % des victimes portent plainte –

Ces chiffres ne rendent toutefois compte que d’une partie du phénomène des violences conjugales, souligne le SSMSI, les victimes enregistrées par la police et la gendarmerie ne représentant qu’une fraction des personnes ayant subi de telles violences, les faits « pouvant n’être jamais signalés ou l’être plus tardivement ».

Selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité, seules 13 % des victimes de violences conjugales portent plainte.

Signe d’une parole qui se libère progressivement, près d’un tiers des victimes enregistrées en 2025 (31 %) ont rapporté des faits commis au cours d’années antérieures, une part qui augmente chaque année.

« Il faut un sursaut: notre baromètre publié en octobre montrait que 43% des associations accompagnatrices interrogées sont obligées de refuser des bénéficiaires faute de crédits suffisants », regrette la Fondation des femmes.

Ces chiffres sont publiés trois semaines avant la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. « L’idée c’est vraiment de montrer qu’on est extrêmement nombreux et nombreuses à (…) vouloir vivre dans un autre monde », estime le collectif NousToutes, alors que la proposition de loi dite intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, adoptée le 13 octobre à l’Assemblée, doit être examinée en janvier au Sénat.

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