TRUMP / « CONSEIL DE PAIX » : Des membres vassaux aux mode serpillière

Après avoir bousculé l’ordre mondial et s’être retiré de plusieurs instances de l’ONU, Donald Trump s’essaie à la création d’un schmilblick « Conseil de paix » autoproclamé ou il a le rôle de président à vie avec droit de veto illimité et des membres, pour la plupart, des dictateurs qui doivent débourser un milliard de dollars en liquide pour y siéger. Un monde parallèle est en train de naitre ou même Orwell s’y perdrait.

Tôt vendredi, après un sommet européen à Bruxelles, le président du Conseil européen Antonio Costa a souligné que l’UE avait de « sérieux doutes » au sujet de cette structure, « concernant son champ d’action, sa gouvernance et sa compatibilité avec la Charte des Nations unies ».

Contrairement aux Nations unies, où chaque membre a son mot à dire et où les cinq grandes puissances disposent d’un droit de veto, le « Conseil de paix » naissant est clairement dirigé non seulement par les Etats-Unis, mais aussi personnellement par Donald Trump.

Il aura le dernier mot et pourra rester à la tête de l’organisation après son mandat présidentiel.

Trump a imaginé ce comité pour Gaza, où Israël et le Hamas ont conclu en octobre un cessez-le-feu soutenu par les Etats-Unis.

Mais il a surpris en envoyant des invitations à de nombreux pays, notamment au président russe Vladimir Poutine, malgré la guerre en Ukraine.

En lançant formellement ce conseil jeudi en marge du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, M. Trump a déclaré qu’il pourrait « s’étendre à d’autres domaines à mesure que nous réussirons à Gaza ».

Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a même affirmé que « les possibilités étaient infinies ».

Donald Trump se vante d’avoir mis fin à huit guerres depuis son retour au pouvoir l’an dernier et se plaint amèrement de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix.

Il a promis que le nouvel organe agirait « en coordination » avec les Nations unies mais il a dans le même temps à nouveau vilipendé l’ONU, que les Etats-Unis accusent d’inaction.

« Sur les huit guerres que j’ai menées à terme, je n’ai jamais parlé aux Nations unies. On aurait pu croire que j’aurais dû le faire », a-t-il dit.

La question financière suscite également des interrogations, car le milliardaire fait déjà l’objet d’allégations d’enrichissement personnel depuis son retour à la Maison Blanche.

Le ticket d’entrée au « Conseil de paix » est d’un milliard de dollars pour un siège permanent.

Un responsable américain a toutefois précisé que les membres n’auraient pas à débourser cette somme colossale pour un mandat temporaire de deux ans et a promis « les contrôles financiers et les mécanismes de surveillance les plus stricts », même si la destination réelle de cet argent reste incertaine.

– « Loin des réalités » –

Les grandes nations européennes boudent ce forum, qui accorde une large place aux partenaires historiques des Etats-Unis au Moyen-Orient, aux alliés idéologiques de Donald Trump et aux petits pays désireux d’attirer l’attention du président américain.

La France a dit non et le Royaume Uni, allié clé des Etats-Unis et également membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a refusé de faire partie des signataires.

« Ce forum n’a pas l’envergure nécessaire et ne dispose pas d’un ensemble de principes directeurs qui permettraient à des pays sérieux de s’y joindre », affirme Aaron David Miller, ancien négociateur américain pour le Moyen-Orient et membre du Carnegie Endowment for International Peace.

Selon lui, M. Trump se sent enhardi après avoir ordonné la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier, et est convaincu que les institutions mondiales existantes « ne comprennent pas que le moteur central du système international actuel est la puissance américaine ».

M. Trump a annoncé jeudi retirer son invitation au Premier ministre canadien, Mark Carney, à rejoindre son « Conseil », après que le dirigeant a invité mardi à Davos les « puissances moyennes » à s’unir pour faire face aux forces « hégémoniques », visant notamment les Etats-Unis.

Un groupe de pays à majorité musulmane (Arabie saoudite, Turquie, Egypte, Jordanie, Indonésie, Pakistan, Qatar et Emirats arabes unis) a salué la création de ce conseil, tout en soulignant dans une déclaration commune qu’il devrait s’agir d’une « administration transitoire » pour Gaza.

Pour Richard Gowan, de l’International Crisis Group, un cercle de réflexion sur la résolution des conflits, le « Conseil de paix » donne une indication de la manière dont Trump souhaite mener sa diplomatie pendant les trois années restantes de son mandat.

« Il semble vouloir mettre un terme aux institutions multilatérales existantes telles que les Nations unies et se tourner vers sa propre organisation, qu’il peut contrôler entièrement », affirme l’expert.

Mais, ajoute-t-il, la première tâche du conseil étant Gaza, où M. Trump a proposé un projet de reconstruction fastueux, « si Gaza implose, le conseil n’aura pas beaucoup de crédibilité ailleurs ».

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