INDE / PAKISTAN : Deux puissances nucléaire en conflit ouvert

Après des séries de sanctions diplomatiques, des accords rompus et des visas annulés, les deux pays nés en 1947 d’une partition sanglante de l’Empire britannique et dotés d’armes nucléaires, ont commencé à échanger des tirs après la fermetures de leurs espaces aériens respectifs.

Dans des conversations téléphoniques avec les gouvernements des deux puissances nucléaires adversaires d’Asie du Sud, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a appelé à la retenue son homologue indien Subrahmanyam Jaishankar, ce dernier ayant exigé jeudi que ceux qui ont « perpétré, soutenu et planifié » cet attentat qui a tué 26 civils soient « traduits en justice ».

Au téléphone mercredi avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, Marco Rubio a encouragé Islamabad à condamner cet « abominable » attentat et l’a « exhorté » à coopérer à l’enquête, selon le département d’Etat.

De son côté, M. Sharif a accusé l’Inde de « provocations » et de « viser l’escalade », selon son bureau, après l’attaque de Pahalgam au Cachemire sous contrôle indien.

Egalement au téléphone avec le ministre indien Jaishankar, M. Rubio a exprimé sa solidarité, tout en prônant la retenue et « a encouragé New Delhi à travailler avec Islamabad pour désamorcer les tensions et maintenir la paix et la sécurité en Asie du Sud ».

New Delhi tient Islamabad responsable de l’attaque du 22 avril jamais revendiquée. 

Le Pakistan nie toute implication.

« Le Pakistan ne frappera pas le premier mais n’hésitera pas à répliquer avec force », avait auparavant martelé son ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar.

– Tensions croissantes –

Signe des tensions croissantes entre les deux puissances nucléaires, l’Inde a annoncé mercredi soir la fermeture de son espace aérien aux avions pakistanais, après que le Pakistan eut fait de même le 24 avril. 

Après des séries de sanctions diplomatiques, des accords rompus et des visas annulés, les deux pays nés en 1947 d’une partition sanglante de l’Empire britannique ont commencé à échanger des tirs.

Pour la sixième nuit consécutive, leurs soldats, parfois à quelques dizaines de mètres de distance sur la Ligne de contrôle (LoC), la frontière de facto au Cachemire, ont ouvert le feu.

La veille pourtant les deux armées avaient eu leur entretien téléphonique hebdomadaire de « routine », dont le contenu est habituellement tenu secret, selon les forces pakistanaises et une source militaire indienne. 

Islamabad a également annoncé avoir abattu deux petits drones de surveillance indiens entrés dans son espace aérien au Cachemire en l’espace de 24 heures.

Si ces escarmouches n’ont fait ni victimes ni dégâts d’importance, « le Pakistan dispose de renseignements crédibles selon lesquels l’Inde a l’intention de lancer une frappe militaire dans les prochaines 24 à 36 heures, en utilisant l’incident de Pahalgam comme prétexte », a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar.

« Toute agression entraînera une riposte décisive. L’Inde sera pleinement responsable de toute conséquence grave dans la région », a-t-il prévenu.

Selon une source gouvernementale indienne, le chef du gouvernement ultranationaliste hindou Modi avait dit à ses chefs d’état-major des forces armées qu’ils « avaient la liberté de décider des cibles, du moment et du mode de la riposte ».

A Karachi, la capitale économique du Pakistan, la Bourse a plongé, par crainte d’une frappe indienne.

L’attaque à Pahalgam « semble avoir donné au gouvernement de Modi le prétexte qu’il attendait pour répondre à son envie d’escalade guerrière », a commenté mercredi Dawn, un journal pakistanais anglophone de référence.

– Nombreuses arrestations –

En 2019 déjà, après une attaque meurtrière contre ses soldats, l’Inde avait procédé à un raid aérien au Pakistan 12 jours plus tard et Islamabad avait riposté. 

Les hostilités avaient rapidement cessé grâce à une médiation américaine.

Au Cachemire contrôlé par l’Inde, les forces de sécurité sont engagées dans une gigantesque traque pour retrouver les auteurs de l’attentat et leurs complices.

Dans cette région en majorité musulmane, elles multiplient arrestations et interrogatoires — 2.000 personnes ont été interpellées — et ont détruit neuf maisons liées aux suspects de l’attaque et à leurs complices.

La police indienne a diffusé le portrait-robot de trois d’entre eux, dont deux Pakistanais.

Elle les accuse de faire partie d’un groupe proche du LeT, le mouvement jihadiste Lashkar-e-Taiba basé au Pakistan, déjà soupçonné des attaques qui avaient fait 166 morts à Bombay en novembre 2008.

– Le Cachemire au milieu –

Le Cachemire pakistanais a appelé vendredi ses habitants à stocker de la nourriture « pour deux mois » et assuré renforcer l’approvisionnement des villages le long de la frontière de facto avec la partie de cette région contrôlée par l’Inde.

« Des instructions ont été données » afin que les habitants fassent « des stocks de nourriture pour deux mois dans les 13 districts, a annoncé le Premier ministre du Cachemire pakistanais, Chaudhry Anwar-ul-Haq.

Le gouvernement régional a également débloqué un « fond d’urgence » d’un milliard de roupies, soit plus de trois millions d’euros, notamment pour assurer l’approvisionnement en « nourriture, médicaments et autres denrées de première nécessité », a-t-il poursuivi, s’adressant au Parlement local.

A Muzzafarabad, la grande ville du Cachemire pakistanais, des dizaines de manifestants se sont rassemblés à l’appel d’une coalition de partis cachemiris aux cris de « Mort à l’Inde! » et d’appels au « Jihad! », a constaté un journaliste de l’AFP.

L’un des organisateurs, Farooq Rahmani, a dit à l’AFP que cette marché était « une démonstration de solidarité avec l’armée pakistanaise et une condamnation de l’armée indienne ».

« Si l’Inde fait preuve d’aventurisme, nous répondrons fermement », a-t-il ajouté.

Une attaque ayant tué 26 civils le 22 avril au Cachemire indien fait redouter un embrasement entre les deux pays traditionnellement rivaux, nés en 1947 d’une douloureuse partition suite au départ du colonisateur britannique.

New Delhi tient Islamabad pour responsable de cet attentat jamais revendiqué. Le Pakistan nie toute implication.

Mardi, le Premier ministre indien Narendra Modi a donné son feu vert à une « riposte » militaire. Depuis, le Pakistan dit avoir des « informations crédibles » sur une frappe indienne imminente.

Anticipant des actions militaires, le Cachemire pakistanais a fermé pour dix jours ses 1.100 écoles coraniques.

Le million et demi d’habitants des villages proches de la LoC ont fait de la place dans leurs bunkers de fortune.

Mohammed Javed, 42 ans, a raconté à l’AFP avoir décidé de construire sa petite pièce souterraine de béton en 2017 après une montée des tensions: « Avec les provocations indiennes, on s’est tous réunis pour nettoyer les bunkers. Comme ça, en cas d’escalade, on pourra se mettre à l’abri des tirs ennemis ».

Dans les 6.000 écoles publiques, toujours ouvertes, les autorités locales ont lancé il y a quelques jours des formations aux premiers secours.

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