FRANCE / BETHARRAM : Une inspection 30 après
Le contrôle par le rectorat de Bordeaux de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, épicentre d’une vague de dénonciations d’agressions sexuelles et de violences passées au sein de l’enseignement catholique, a débuté ce lundi.

Huit agents, des inspecteurs et personnels sociaux, passeront quatre jours sur les deux sites de l’institution, qui accueille 500 élèves à Lestelle-Bétharram et Igon, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Ils ont commencé leur visite par le second, où le lycée a déménagé en 2018 et où se trouve aussi une école primaire, a constaté une journaliste de l’AFP. Ils se rendront dans l’après-midi sur le site historique à Lestelle-Bétharram, qui n’héberge plus que le collège.
« L’idée, c’est d’avoir une vision globale du fonctionnement de l’établissement sur les sujets financiers, le respect des programmes » et de « mesurer le climat » pour « s’assurer que les faits dramatiques qui ont été rapportés par d’anciens élèves ne peuvent plus se produire aujourd’hui », a déclaré la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, sur franceinfo.
« Pendant des années », ces établissements privés sous contrat « n’étaient pas inspectés », « il faut naturellement que ça change », a-t-elle ajouté.
En février, alors que le scandale éclaboussait le Premier ministre François Bayrou, dont plusieurs enfants ont fréquenté l’institution béarnaise où son épouse a enseigné le catéchisme, le ministère avait demandé à l’académie « d’avancer » la date de son contrôle. La rectrice doit s’exprimer dans l’après-midi à Bordeaux.
Dans une interview à la Tribune dimanche, Mme Borne a assuré qu’elle prendrait « les mesures qui s’imposent » en fonction des conclusions de cette inspection, confirmant un renforcement des contrôles des établissements privés sous contrat, dont la Cour des comptes avait dénoncé l’insuffisance en 2023.
Un décret va les contraindre, comme dans le public, à des remontées d’informations systématiques sur les faits de violences, et des moyens supplémentaires seront engagés, avec « 60 inspecteurs supplémentaires » dans les deux prochaines années, pour contrôler 40% de ces établissements qui scolarisent environ deux millions d’élèves.
Ils seront supervisés, au niveau du ministère, par une dizaine d’inspecteurs généraux qui pourront intervenir « sur les situations les plus sensibles ».
« Il faut qu’on se donne tous les moyens de recueillir la parole des élèves », a parallèlement souligné Mme Borne lundi, citant la mise en place de questionnaires pour les élèves internes et/ou participant à des voyages scolaires, là où ils sont « particulièrement vulnérables ».
– Plus de 150 plaintes –
La précédente – et unique – visite d’un inspecteur dans l’établissement, rebaptisé Le Beau Rameau (« bèth arram » en béarnais) en 2009, remonte au printemps 1996. Une plainte, déposée par le père d’un adolescent au tympan crevé par la violente claque d’un surveillant laïc, avait alors attiré l’attention pour la première fois sur cette institution fondée en 1837.
À l’époque, François Bayrou, ministre de l’Éducation, diligente une enquête administrative. Le rapport, rédigé après une dizaine d’entretiens menés sur place en quelques heures, affirme que Notre-Dame-de-Bétharram « n’est pas un établissement où les élèves sont brutalisés ».
Ce rapport « ne tient pas la route actuellement », a regretté le mois dernier son auteur.
« Cette inspection était bidon, artificielle, ils étaient avertis de sa venue », avait commenté dans la foulée le père du plaignant de 1996.
« Si ce monsieur avait fait son travail (…) le procureur aurait été saisi et on aurait évité tous les viols et violences perpétrés ensuite pendant une dizaine d’années », avait déploré Alain Esquerre, porte-parole du collectif des victimes de Bétharram.
Le parquet de Pau a reçu depuis un an plus de 150 plaintes visant d’anciens religieux et personnels laïcs pour violences, agressions sexuelles et viols, quasi tous prescrits.
Après trois gardes à vue, un seul ancien surveillant a été mis en examen et écroué le 21 février pour des faits commis au début des années 1990 puis en 2004.
– Commission d’enquête parlementaire –
La congrégation religieuse des pères de Bétharram, qui a longtemps dirigé l’établissement, a reconnu samedi pour la première fois le caractère « systémique » des violences commises et confié à un groupe de réflexion une commission d’enquête indépendante chargée d’apporter « réparation » à toutes les victimes.
L’affaire a engendré une vague de dénonciations similaires à l’encontre d’autres établissements catholiques dans les Hautes-Pyrénées, les Landes, en Haute-Vienne ou dans le Finistère.
Une commission d’enquête parlementaire a été créée sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences en milieu scolaire, privé et public.
Elle prévoit d’auditionner Élisabeth Borne et François Bayrou qui a déclaré dimanche qu’il répondrait aux questions de la commission « s’il a une convocation officielle », tout en répétant se sentir victime d’une « manœuvre de déstabilisation ».
Mme Borne, qui recevra Alain Esquerre jeudi à Paris, avait estimé le 21 février que l’État n’avait « pas été au rendez-vous » dans le dossier Bétharram, jugeant « difficile de comprendre » pourquoi il n’a pas réagi plus tôt – une plainte pour viol, visant un religieux qui dirigea l’établissement, avait également été déposée dès 1998.
